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Xinjiang : les Etats-Unis frappent la cybersurveillance de Pékin

C’est tous les acteurs du système de surveillance paranoïaque des minorités ethniques dans la région chinoise du Xinjiang que vient de mettre sur liste noire le département américain du Commerce. Vingt organisations gouvernementales, dont le bureau local de la sécurité publique (l’équivalent du ministère de l’Intérieur), et huit entreprises spécialisées dans l’intelligence artificielle n’ont désormais plus le droit d’avoir des relations commerciales avec les Etats-Unis. «Le gouvernement américain ne peut tolérer la répression brutale des minorités ethniques en Chine», a déclaré le secrétaire américain au Commerce, Wilbur Ross. Plus d’un million de personnes, notamment des Ouïghours, sont enfermées dans des «camps de rééducation» où ils subissent lavage de cerveau et travail forcé. L’ensemble de la région est devenu une prison à ciel ouvert grâce à des systèmes de surveillance ultra-perfectionnés.

Vidéosurveillance, reconnaissance faciale, logiciels espions, reconnaissance vocale, stockage d’informations… A quelques jours de la reprise des négociations entre Pékin et Washington dans leur guerre commerciale, le gouvernement américain a choisi de viser les géants de la cybersécurité mondiale impliqués dans ce contrôle social. «Malgré le timing, je pense que cette décision est déconnectée de la guerre commerciale, analyse Antoine Bondaz, de la Fondation pour la recherche stratégique. Même si la cybersécurité est un domaine dans lequel la Chine a un véritable avantage technologique, cette décision n’aura aucun impact sur le plan macroéconomique. En revanche, sur le plan politique, c’est important, car on s’attaque aux moyens de mise en œuvre des pratiques autoritaires que la Chine cherche à exporter dans le cadre des nouvelles routes de la soie.» 

«Name and shame»

Depuis l’adoption par les Etats-Unis du Uyghur Human Rights Policy Act en janvier, les appels à accroître la pression sur Pékin au sujet du Xinjiang se faisaient de plus en plus pressants parmi les élus américains de tous bords. Hikvision, leader mondial de la vidéosurveillance, avait déjà été interdit, en août, de vendre du matériel aux services américains par crainte d’activités d’espionnage. Désormais, l’entreprise, qui emploie 34 000 personnes dans le monde, n’aura plus le droit d’importer des composants américains, ce qui pourrait impliquer aussi ses sous-traitants, ses clients ou ses partenaires financiers.

D’autres poids lourds de l’intelligence artificielle, comme Dahua, tombent sous le coup de ces sanctions : à eux seuls, Hikvision et Dahua avaient emporté des contrats d’un milliard de dollars (910 millions d’euros) en 2018 pour monter des projets gouvernementaux de surveillance de la population au Xinjiang. «Au-delà de l’aspect bilatéral, il y a une dimension internationale du “name and shame”, qui présente des entreprises chinoises comme participant à des violations des droits de l’homme, fait remarquer le chercheur. Si demain une mairie française veut importer du matériel de surveillance, le choix d’une entreprise chinoise posera question. Au-delà, cela envoie le message aux entreprises occidentales qui ont des partenariats avec Hikvision que si elles en ont aussi avec les Etats-Unis, il va falloir choisir. Tout comme avec sa réaction disproportionnée sur l’affaire de la NBA, Pékin est en train de perdre la bataille de l’image.»

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La Rédaction

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