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NBA : l’Oracle Arena, plus vieille salle en activité du championnat américain

OAKLAND, CALIFORNIA - JUNE 07: A general view prior to Game Four of the 2019 NBA Finals between the Golden State Warriors and the Toronto Raptors at ORACLE Arena on June 07, 2019 in Oakland, California. NOTE TO USER: User expressly acknowledges and agrees that, by downloading and or using this photograph, User is consenting to the terms and conditions of the Getty Images License Agreement. Ezra Shaw/Getty Images/AFP == FOR NEWSPAPERS, INTERNET, TELCOS & TELEVISION USE ONLY ==

Le couloir est devenu célèbre. C’est de là que Stephen Curry, double MVP en 2015 et 2016 (à l’unanimité cette année-là, fait unique en NBA), lance toujours un dernier tir ultra-longue distance dont il a le secret, avant de s’élancer telle une torpille vers les vestiaires. Mais c’est une autre figure absolument légendaire des Warriors que nous y croisons : l’ailier Rick Barry, membre du Basketball Hall of Fame, du club encore plus fermé des 50 meilleurs joueurs des 50 premières années, unique meilleur marqueur à la fois en NCAA, NBA et ABA, précurseur du poste d’ailier-meneur… On en passe et des meilleures. Mentionnons tout de même son titre de 1975 avec Golden State – où il fut élu meilleur joueur des finales bien évidemment –, ou encore son maillot 24, retiré, qui trône à côté des bannières de champions, tout en haut du plafond à la charpente concave et bétonnée de la mythique arène, la plus vieille de la ligue du haut de ses 53 ans. Celle-ci tirera sa révérence ce jeudi soir, que les Warriors s’offrent un match 7 à Toronto ou que les Raptors y soient couronnés, dans un « Farewell » des plus cruels. De quoi faire réagir l’un des héros historiques des lieux, à qui il ne reste donc plus qu’une chance de perdre le record de points qu’il y a établi : 64.

«On n’avait pas encore des prix rédhibitoires pour beaucoup de fans»

Andre Iguodala

«C’était un soir ordinaire de saison, j’étais en rythme, tout rentrait, mais je n’avais aucune notion de mon total. On me l’a dit à la fin, j’ai à peine réagi tellement j’étais fatigué. Ce qui m’a fait plaisir, c’est surtout qu’on avait gagné. Parce que bon, planter un record dans une défaite, c’est nul», se souvient l’homme qui a accompli l’exploit d’être élu rookie de l’année, All-Star, First-Team et 4ème meilleur scoreur en 1966, quand la franchise était établie à San Francisco mais naviguait entre plusieurs domiciles, dont l’Oracle, alors dénommée Oakland-Alameda County Coliseum Area, de l’autre côté de la baie. Son regard est toujours aussi perçant, mais sa mine bien plus adoucie que lorsqu’il terrorisait compétiteurs et coéquipiers. L’un deux, Mike Dunleavy, avec qui il était pourtant ami, avait ainsi déclaré : «Si vous l’envoyez aux Nations Unies, il vous provoquerait la 3ème Guerre mondiale !». Aujourd’hui, les années en-dehors des parquets semblent lui avoir inculqué sinon un sens diplomatique, au moins une certaine retenue : «Ce n’est pas la salle, ce sont les supporters. C’est eux qui ont bâti son statut mythique. Ils la remplissaient et poussaient toujours quels que soient les résultats. Beaucoup d’entre eux n’iront sûrement pas dans la nouvelle d’ailleurs, et c’est regrettable. Je ne l’ai pas encore vu, elle a l’air d’être magnifique me dit-on. Mais il y avait quelque chose de spécial ici», résume la légende.

Andre Iguodala, MVP des premières finales du groupe actuel, en 2015, y va plus franchement, même s’il hésite un peu : «Mon meilleur souvenir, ce sont nos tous premiers playoffs ensemble (en 2014)», se remémore-t-il lorsqu’on le presse sur le sujet. Ses yeux se lèvent vers les stands, avant de retenir ses mots : «C’était… il y avait…». Le triple champion lâche enfin le fond de sa pensée : «On n’avait pas encore des prix rédhibitoires pour beaucoup de gens, c’était une super énergie». Car depuis, la «gentrification» de San Francisco traverse le Bay Bridge pour atteindre une partie de la salle d’Oakland les soirs de match…

«Quand Baron Davis a planté le dunk sur Andreï Kirilenko, j’ai vraiment cru que le toit et les tribunes allaient exploser pour de vrai !»

Adonal Foyle

Un peu plus tard, nous rencontrons Adonal Foyle, membre du groupe ayant procuré peut-être la plus belle sensation à ce vaste public originel pur et dur, populaire, col bleu. C’était en 2007, quand les Warriors, alors 8es, avaient réussi l’exploit de renverser les Mavericks, premiers et finalistes en titre. Des play-offs magiques, portés par la campagne «We Believe» (on y croit), dont le tee-shirt orne toujours les murs dans les couloirs-coulisses des espaces réservés au personnel. «C’est en grande partie grâce à eux. Ça bouillait tous les soirs, c’était incroyable ! Quand Baron Davis a planté le dunk sur Andreï Kirilenko, j’ai vraiment cru que le toit et les tribunes allaient exploser pour de vrai ! Ce public s’est totalement identifié à nous, on faisait communion».

Leader débarqué à peine quelques semaines plus tôt, Stephen Jackson laisse de côté une langue de bois qu’il n’a de toute façon jamais vraiment maniée : «Il n’y a qu’ici que je me suis vraiment senti désiré. 2007, c’est nous et la communauté d’Oakland dans un même esprit : vous ne croyez peut-être pas en nous, on est un peu tous des parias, mais on n’est pas là pour faire de la figuration et vous avez intérêt à faire attention, parce que si vous ne nous prenez pas au sérieux, on va la gagner cette série… et peut-être même plus !».

S’il aura fallu attendre un autre effectif et presque dix ans supplémentaires pour finalement accrocher (puis accumuler) les titres et les finales, dont cette cinquième d’affilée, le groupe actuel connaît la valeur des supporters qui les ont aidés. Stephen Curry, Klay Thompson, Draymond Green et tous les autres ont multiplié les déclarations d’amour à leur public chéri, tout au long de la saison comme de la post-saison. Même si celui-ci s’est peu à peu étiolé, laissant places (surtout celles proches du parquet) à une autre classe, qui verra sa salle moderne et bourrée de technologies, à son image de jeunes cadres dynamiques de la Silicon Valley, ouvrir les portes après l’été. Ce (jeudi) soir, les adieux sont donc à la fois sur le terrain, dans les tribunes et même ailleurs. Il s’agit de ne pas les louper.

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La Rédaction

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