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Dans sa lettre d’adieu, Manu Ginobili met l’accent sur l’aspect humain

Ce qu’on redoutait est donc bel et bien arrivé : Manu Ginobili a pris sa retraite. Depuis cette annonce, les hommages à l’Argentin se multiplient, la preuve que « El Manu » était d’abord un basketteur exceptionnel, mais aussi que sa personnalité, ouverte et généreuse, a profondément marqué ses contemporains, ainsi que les générations qui suivent.

À 41 ans, Manu Ginobili a publié une (longue) lettre d’adieu sur le site du journal argentin, La Nacion, détaillant les raisons de son choix et mettant avant tout l’accent sur l’aspect humain dans sa longue carrière.

« Je m’assois pour écrire, comme je l’ai dit dans mon tweet pour annoncer ma retraite, avec un grand mélange d’émotions. Je suis content de cette décision et de ce qui va suivre, mais je ne suis pas sûr de la façon dont je vais m’adapter au jour le jour, sans avoir à penser au prochain match. C’est simplement que j’ai fait ça depuis que je suis adulte. Depuis mes 18 ans, quand je suis allé à La Rioja (son premier club professionnel en Argentine), ça ne s’est pas arrêté jusqu’à deux mois en arrière. Ça va être étrange, c’est certain, mais je pense que je suis bien préparé et je suis surtout très, très, très bien accompagné pour y arriver. Et puis je ne peux pas dire que c’était une décision précipitée ou inattendue. J’ai 41 ans et j’ai plutôt bien étiré mon passage dans le basket, non ? D’ailleurs, dans ma tête, la dernière saison a toujours été « la dernière ». Je ne l’ai jamais dit parce que je ne voulais pas limiter mes options, je voulais garder la porte ouverte, au cas où je changerais d’avis, ou que je continuerais à sentir la force physique et mentale d’affronter une nouvelle saison. »

Mais à son retour à San Antonio, après ses vacances, alors qu’il commençait à reprendre le travail de musculation et le chemin du terrain, Manu Ginobili a senti le poids physique de la dernière saison. Et la retraite s’est imposée à ses yeux.

« Le 27 août, j’ai décidé de le rendre public. Vous ne pouvez pas imaginer la tension qui m’habitait devant mon écran, au moment d’appuyer sur la touche Entrée. Je ne sais pas trop pourquoi, tant j’étais convaincu de ce que je devais faire et que c’était la bonne décision, mais c’était fou. Je suis confiant et je suis heureux de cette étape. C’est difficile d’expliquer tout ce que je ressens. Immédiatement après, j’étais soulagé et j’ai pensé que j’allais pouvoir me déconnecter, mais les messages ont commencé à arriver et je ne pouvais pas m’empêcher de les lire. Certains d’entre eux m’ont vraiment touché. En fait, ils nous ont touchés, moi et ma femme Many, qui est dans le même bateau que moi. Elle prend sa retraite aussi et elle traverse la même chose. J’ai vécu 21 de mes 23 années professionnelles avec Many et nous avons souffert ensemble pendant tous les titres. Nous avons célébré, pleuré, crié, j’ai été proche, loin, éloigné pendant deux mois avec la sélection, alors que nous aurions pu partir en vacances et faire des tas d’autres choses. Elle s’est occupée de la maison pendant tout ce temps, des enfants, pour qu’ils ne me réveillent pas avant un gros match. Sans compter le soutien moral qu’elle m’a apporté après les défaites difficiles, tout en étant mon premier compagnon dans les nombreuses victoires. Je pourrais encore écrire des pages et des pages. »

Membre de deux groupes à part : les Spurs et la « Génération Dorée » argentine

Manu Ginobili rend également hommage à ses coéquipiers et assure qu’il ne dit pas adieu aux Spurs.

« J’ai été clair avec Pop, ce n’est pas un « Adieu, je m’en vais ». Mes enfants sont déjà à l’école et quand je serai en ville, je vais rester dans les environs du club et de la franchise. Peut-être que je ne vais plus pouvoir aider en provoquant un passage en force ou en volant un ballon, mais je vais aider autant que je le peux. Je suis très reconnaissant envers mes coéquipiers, le staff et tous les gens dans l’équipe, et je veux qu’il réussisse du mieux possible. Si je peux aider de l’extérieur, j’en serais heureux. »

Et s’il remercie aussi les fans, expliquant en conclusion qu’il va désormais pouvoir passer plus de temps avec sa femme et ses enfants, en profitant également de son temps libre en Argentine, auprès de son père ou de ses amis, l’arrière est surtout fier de son rôle de coéquipier, au sein de deux groupes à part : les Spurs et la « Génération Dorée » argentine.

« Une des meilleures choses, c’est qu’avec tous les gars avec qui j’ai joué, et il y en a eu 254, je ne me suis jamais battu, ni avec les coachs. Je n’en ai pas eu beaucoup bien sûr, mais je me suis très bien entendu avec les neufs coachs avec qui j’ai travaillé, avec du respect et de la reconnaissance pour le travail mutuel. Il y a aussi beaucoup de gens qui ne font pas la une mais qui travaillent dur pour qu’on puisse jouer. J’insiste mais s’ils ne font pas les gros titres et qu’ils ne sont pas très connus, ils sont essentiels. C’est aussi important de comprendre que je suis devenu le joueur que j’étais quand je suis passé en Europe. Au-delà des succès sportifs à Bologne, où avec mon développement au Reggio de Calabre, tout ce que j’y ai appris m’a aidé à être compétitif ensuite au plus haut niveau, en NBA. Toute ma carrière a été spéciale parce qu’il n’est pas courant de passer autant de temps dans une équipe, comme il n’est pas courant d’être en sélection avec quelques joueurs pendant vingt ans, aux Spurs ou avec la « Génération Dorée ». J’ai eu de la chance de faire partie de deux groupes qui ont brillé sportivement et où j’ai trouvé des qualités humaines impossibles à égaler. Sur le plan professionnel, avoir eu cette possibilité a été fabuleux. »

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La Rédaction

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