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Burundi: les tibias sacrés du président

Le président du Burundi Pierre Nkurunziza, 54 ans, à deux passions : le christianisme évangélique, et le football.  Côté ballon rond, Sa Majesté Pierre 1er, attaquant du Alleluia FC est un joueur “redoutable”, l’administrateur de Kiremba (Nord) et son adjoint aux Sports viennent de l’apprendre à leurs dépens. L’un et l’autre ont été arrêtés et écroués voilà peu pour « complot contre le chef de l’Etat ». Leur crime ? Avoir « permis » que des manants de l’équipe locale malmènent le goleador suprême. L’odieuse félonie date du 3 février dernier. Ce samedi-là, Kiremba reçoit le Onze divin. Pour l’occasion, ses dirigeants enrôlent parmi les réfugiés congolais du camp voisin de Musasa quelques renforts. Lesquels ignorent tout des règles en vigueur. Celles du « Touche pas à mon despote ». L’usage veut en effet qu’aucun adversaire n’approche Nkurunziza-balle-au-pied à moins de trois mètres. Périmètre de sécurité. Or, les recrues ont l’outrecuidance de tacler l’intéressé et, pire, osent le faire chuter à plusieurs reprises.

Il est d’autres lois que tout adversaire est tenu de respecter à la lettre. L’ancien prof de sports de l’Université de Bujumbura, seul maître à bord du rafiot burundais depuis 2005, doit impérativement inscrire un but lors de chacune des rencontres qu’il honore de sa musculeuse présence; ou, à défaut, délivrer une passe décisive. Au besoin, l’arbitre étire autant que nécessaire le temps additionnel. Pour preuve, la mise en garde adressée un jour par l’homme au sifflet aux gars d’en face : « Si vous ne laissez pas Son Excellence marquer, vous jouerez jusqu’à demain ». Voilà qui rappelle immanquablement les caprices impérieux de Saadi Kadhafi, l’un des rejetons du défunt Guide de la Jamahiriya.  L’ex remplaçant de luxe de Perugia avait, en fan de foot frénétique, commandité un Libye-Ghana le 31 décembre 1999 à 23h00, histoire d’entrer dans l’histoire dans la tenue flatteurse de l’ultime buteur du millénaire finissant.

En d’autres circonstances, de telles pantalonnades prêteraient à sourire. Mais voilà : le buteur buté de Bujumbura, qui fit bâtir dans le village natal de Buyé un stade de 9000 places, a plongé en 2015 son pays -l’un des trois plus pauvres de la planète- dans une nuit glaçante. Le cycle infernal manifs-répression y a coûté la vie à 1200 personnes et jeté sur les pistes 400000 déplacés. Candidat, à tout prix et au mépris de la constitution, à un troisième mandat, Nkurunziza s’arrogera en mai prochain, via un référendum taillé sur mesure, le droit de régner sur son royaume exsangue jusqu’en 2034.

La chorale où chantent le roi Pierre et la Première dame a pour nom Komeza Gusenga. En langue kirundi : « Priez sans cesse ». Pas sûr que ce cantique suffise au salut du Burundi.

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La Rédaction

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