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L’emprisonnement du cardinal Pell, un premier test pour le pape François

L’ancien numéro trois du Vatican, le cardinal George Pell, vient d’être placé en détention après avoir été reconnu coupable de pédophilie par la justice australienne. Une décision qui survient peu de temps après le sommet sur la pédophilie dans l’Église.

Le sommet du pape François pour contrer les criminels dans l’Église s’est terminé dimanche sur de belles paroles encourageantes. Ce sera une lutte de tous les instants. L’Église ne tolérera plus. Dorénavant s’appliqueront les principes de responsabilisation, de reddition de compte et de transparence.

Certains sont sortis de ce sommet en se disant qu’il fallait donner une (autre) chance au coureur. Rien ne sera plus comme avant, quoi.

Quelques heures seulement ont passé et le premier test de cette volonté de fer du pape François se présentait.

Lundi, en début de soirée (notre heure), un tribunal australien levait l’interdit de publication sur un verdict fracassant : le cardinal George Pell a été reconnu coupable d’un chef d’agression sexuelle et de quatre chefs d’attentat à la pudeur contre de jeunes garçons. Les gestes se sont produits en 1996 et 1997 sur des garçons de 12 et 13 ans.

Mercredi, le cardinal a pris le chemin de la prison en attendant sa sentence qui pourrait bien lui valoir quelques années derrière les barreaux. L’affaire aurait eu l’effet d’une mégabombe si elle avait été révélée avant ou pendant le sommet du pape François. Mais bon.

Un « jeune » cardinal

Le cardinal Pell est un personnage colossal. Il avait à peine 25 ans lorsqu’il est devenu prêtre. Par la suite, il est devenu évêque auxiliaire puis archevêque de Melbourne avant de prendre le contrôle du diocèse de Sydney. Jean-Paul II devait être impressionné, puisqu’à l’aube de la soixantaine Pell est fait cardinal.

Cardinal, le titre n’est pas banal. Les cardinaux sont des conseillers privilégiés du pape. Ils sont les seuls à pouvoir élire son successeur. Autrement dit, ils peuvent influer sur la direction de l’institution de manière durable et profonde.

C’est aussi un club très sélect. Ils sont actuellement 223 dans ce club. La moitié est à la retraite.

L’autre est active et déterminante pour l’avenir de l’Église. En principe, ils sont si peu nombreux que le pape doit bien les connaître par leur petit nom, comme on dit, et il doit même se souvenir par cœur du numéro de portable de plusieurs d’entre eux.

Il arrive parfois qu’un pape offre le titre de manière plutôt honorifique, en reconnaissance du travail effectué tout au long d’une carrière. Par exemple, Loris Francesco Capovilla, ancien secrétaire de Jean XXIII, a été fait cardinal à l’âge vénérable de 98 ans. À la veille de sa consécration, il m’a raconté que, pour lui, c’était un beau geste de reconnaissance, mais guère plus puisque, ayant passé 80 ans, il ne pouvait plus participer au conclave, à l’élection éventuelle du successeur du pape François.

Mais Pell a été fait cardinal dans la jeune soixantaine. Avec toute une carrière en perspective. De fait, le 13 mars 2013, lorsque François a été élu, il a intégré le cardinal Pell à sa nouvelle garde rapprochée, celle des 7 cardinaux chargés de le conseiller directement sur les réformes du gouvernement.

Non seulement ça, un an plus tard, François faisait du cardinal australien son nouveau ministre des Affaires économiques. On peut dire que peu d’hommes avaient un accès aussi direct au pontife.

Le cardinal Pell et le Vatican

Comment expliquer la montée fulgurante du cardinal Pell vers les plus hautes instances de l’Église catholique? Jean-Paul II, Benoît XVI et François ne savaient-ils donc rien? François n’avait-il donc pas entendu les bruits qui circulaient autour de ce colossal personnage? A-t-il préféré ne pas leur prêter attention? Et le grand responsable des évêques au Vatican, le cardinal Marc Ouellet, non plus?

On apprend, en dernière heure, qu’à la suite du jugement de culpabilité criminelle rendu par un tribunal australien, le Vatican procédera bientôt à sa propre enquête concernant le cardinal Pell. Ce n’est pas déjà chose faite?

Avec la montée de ce personnage dans les plus hautes sphères de l’Église, personne n’a cru bon vérifier minutieusement le dossier de George Pell… ne serait-ce que pour écouter la complainte de ceux qui avaient toute une histoire à raconter? Se pourrait-il qu’encore une fois on ait préféré faire confiance au clergé plutôt que d’écouter des victimes?

Il y a ici un premier test pour cette volonté de fer du pape François. Ce sera une bataille de tous les instants, disait-il, dimanche. Et ça commence quand, au fait?

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La Rédaction

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