Sexualité

La sexualité très encadrée des femmes au Moyen Âge

On ne dispose pas d’étude approfondie sur l’existence de «sex toys» au Moyen Âge. Même l’archéologie expérimentale ne s’est pas encore lancée sur ce terrain. Ce que l’on peut établir de source sûre, en revanche, ce sont les normes qui encadraient la sexualité, destinée à procréer.

Bonnes et mauvaises conduites

Pourtant il y a bien quelques textes qui nous parlent de ces objets. On les voit apparaître sous la plume des prédicateurs ou des confesseurs qui, forcément, pressent les femmes de s’en débarrasser. Burchard de Worms, un évêque du XIesiècle, se lance ainsi dans un manuel destiné aux confesseurs, où il fait la liste des questions à poser aux fidèles. Parmi ces questions, il met à part une série à poser exclusivement aux femmes.

«As-tu fait ce que certaines femmes ont coutume de faire, as-tu fabriqué une certaine machine de la taille qui te convient, l’as-tu lié à l’emplacement de ton sexe ou de celui d’une compagne et as-tu forniqué avec d’autres mauvaises femmes ou d’autres avec toi, avec cet instrument ou un autre?»

Le début du livre 10 du Decretum Burchardi (ca. 1012), daté c. 1020. | Bibliothèque de Cologne via Wikimedia

La note reste assez maigre en information. Le terme latin est machinamentum: un terme qui désigne un outil, une machine, un stratagème.

Cherchez la femme

Burchard de Worms écrit dans un contexte de renforcement du pouvoir de l’Église sur la société, la famille et, partant, la sexualité. On approche de la réforme grégorienne, qui va chercher à séparer les clercs, voués à la chasteté, des laïcs, voués au mariage.

La bonne sexualité se définit donc selon les règles du bon mariage: elle est hétérosexuelle, ne peut unir deux consanguins (des personnes de la même famille), devrait être consensuelle (on a le droit de dire non), et elle a pour but la procréation. Le manuel de Burchard de Worms fait partie de l’outillage mental des clercs qui fixent ces normes: dans la liste des interdits apparaît donc, en creux, l’idée qu’un ecclésiastique se fait de la sexualité licite.

L’interdiction des sex toys est suivie d’une foule d’autres interdits: machine à forniquer, masturbation et homosexualité sont mises dans le même sac que la pédophilie, la zoophilie, la prostitution de soi ou d’une autre. Enfin, les potions aphrodisiaques, contraceptives, ou encore le simple fait d’enseigner comment avorter à une autre femme est tout à fait illicite.

Évolution des normes

Alors, sex toys ou pas sex toys? Le texte de Burchard de Worms ne nous apprend pas grand-chose sur les pratiques réelles des femmes. Il nous en dit bien plus, en revanche, sur l’évolution des normes sexuelles.

Nous avons décidé (très récemment) que le consentement servait à tracer la ligne entre interdit et autorisé. Ce qui implique que l’homosexualité, la masturbation ou encore l’usage de sex toys passent dans la catégorie autorisée. En revanche, la pédophilie est interdite, et on devient de plus en plus attentifs à faire disparaître la zone grise qui entoure encore souvent les relations non consenties.

Nous avons toujours beaucoup de normes en tête et de représentations de ce qui est interdit ou autorisé.

Les médiévaux, eux, traçaient leur ligne de démarcation entre interdit et autorisé avec la procréation. Pas toujours de façon très stricte, mais les sex toys sortent du champ du possible, surtout entre femmes.

Impossible de savoir si les femmes avaient souvent des sex toys dans leur lit il y a mille ans. Par contre on voit bien que nous avons toujours beaucoup de normes en tête et de représentations de ce qui est bien ou mal, interdit ou autorisé, et qui se décale lentement de siècle en siècle. Qu’on les ait lus ou qu’on en ait entendu parler, tous ces livres qui expliquent ce qu’il faut ou ne faut pas faire finissent par se glisser dans nos vies et dans nos lits.

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La Rédaction

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