Politique Internationale

Sortant de son silence, la Turquie dénonce le sort des Ouïgours en Chine

FILE PHOTO: Turkish President Tayyip Erdogan addresses members of parliament from his ruling AK Party during a meeting at the Turkish parliament in Ankara, Turkey, January 15, 2019. REUTERS/Umit Bektas/File Photo

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, qui se présente pourtant comme un défenseur des musulmans sur la planète, ne s’était pas exprimé récemment à propos du Xinjiang.
Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, qui se présente pourtant comme un défenseur des musulmans sur la planète, ne s’était pas exprimé récemment à propos du Xinjiang.

Restée silencieuse ces derniers mois alors que l’indignation de l’Occident ne cessait de croître, la Turquie a fini par dénoncer le sort des musulmans dans la province chinoise du Xinjiang. C’est la première fois qu’un grand pays à population majoritairement musulmane proteste publiquement avec force contre l’envoi massif d’Ouïgours dans des centres de détention de cette région.

«Ce n’est plus un secret pour personne que plus d’un million de Turcs Ouïgours encourant des arrestations arbitraires sont soumis à la torture et à un lavage de cerveau dans des camps d’internement et des prisons», a déclaré samedi le porte-parole turc des Affaires étrangères, Hami Aksoy. Il a ajouté juger que cette politique «d’assimilation systématique» de cette population musulmane et turcophone menée par les autorités chinoises était une «honte pour l’humanité». Et appelé la communauté internationale et l’ONU «à mettre un terme à la tragédie humaine qui se déroule dans le Xinjiang».

Sans surprise, Pékin n’a pas du tout apprécié ces propos virulents. Le ministère des affaires chinois, qui a annoncé lundi avoir protesté officiellement auprès d’Ankara, a fustigé des déclarations «déplorables» et appelé la diplomatie turque à retirer ses «mensonges absurdes».

Des organisations de défense des droits de l’homme et des experts estiment que plusieurs centaines de milliers, voire plus d’un million de musulmans – essentiellement des Ouïgours et des Kazakhs – ont été envoyés dans des camps de «rééducation» dans le Xinjiang depuis début 2017. Plusieurs ONG ont réclamé ce mois-ci la création d’une enquête de l’ONU sur la détention «arbitraire» et «l’endoctrinement forcé» des musulmans au Xinjiang.

Pékin défend de son côté des «centres éducatifs et de formation professionnelle» destinés à éradiquer l’extrémisme et à aider la population à trouver un travail.
Un tournant pour Erdogan
La Turquie a par ailleurs affirmé avoir appris la mort en détention d’un poète ouïgour, Abdurehim Heyit, probablement condamné pour les paroles d’une de ses chansons. «Cet incident tragique a davantage renforcé la réaction de l’opinion publique turque quant aux graves violations des droits de l’homme dans le Xinjiang», assure le ministère turc des Affaires étrangères. Mais Pékin a démenti le décès du chanteur. Un média étatique chinois a diffusé une vidéo montrant un homme s’identifiant comme Abdurehim Heyit et déclarant être en «bonne santé» à la date du «10 février 2019». Son authenticité n’a pas pu être vérifiée.

Jusqu’à présent, les principaux pays musulmans, soucieux de maintenir de bonnes relations économiques avec la Chine, s’étaient montrés discrets publiquement sur le traitement des musulmans dans la Xinjiang, même si quelques-uns ont apparemment utilisé des canaux diplomatiques pour formuler des critiques. Les accusations formulées par Ankara marquent un tournant pour le président turc Recep Tayyip Erdogan, dont le parti fait campagne pour des élections locales organisées le mois prochain. Le dirigeant turc – à l’époque premier ministre – avait certes accusé la Chine de commettre «une sorte de génocide» en 2009, après des affrontements mortels entre Han – la principale ethnie chinoise – et Ouïgours dans le Xinjiang.

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La Rédaction

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