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« Fort Boyard » part à la conquête de l’Afrique

À la rentrée, Canal + Afrique diffusera sa propre version du jeu d’aventure de France 2. Nous étions en exclusivité sur le tournage de cette grande première.

« Il n’y a pas de racisme chez les serpents et les mygales, j’espère ? » A quelques minutes du tournage du premier « Fort Boyard » africain, Rodrigue Gnaly, présentateur vedette sur Canal + Afrique, n’en mène pas large. Mais il n’est pas le seul à avoir les chocottes. Si les cinq candidats francophones du jour ont tous regardé le jeu d’aventure à l’époque de Patrice Laffont , ils n’auraient jamais pensé y mettre les pieds et être à leur tour confronté à leur phobie.

Cela vaut pour Locko, jeune star de la chanson au Cameroun mais quasi inconnu en France qui a « peur du vide », ou Priss’K, comédienne et humoriste ivoirienne qui a « flippé » avant d’accepter, en repensant à « Eva Longoria plongeant ses mains dans des jarres remplies de bestioles ». Leur cri de guerre : « Yema wakanda », qu’on pourrait traduire par « détermination ».

Voilà quatre ans que la direction de Canal + Afrique a eu un coup de cœur pour le « format rassembleur » de Fort Boyard. Sa version africaine affiche pas moins de douze nationalités, et ses candidats ont pris pour certains jusqu’à quatre avions, en provenance du Mali, du Niger, du Togo ou encore du Gabon, pour se rendre sur le célèbre fort, en Charente-Maritime.

« Ce sont de bons clients, hyper joyeux. Ils chantent et font des blagues tout le temps, se réjouit le journaliste Haussman Vwanderday, qui présente son premier divertissement dans le rôle tenu par Olivier Minne chez nous . Pour moi, c’est du petit lait ». « On n’est pas payés, mais c’est une émission mythique, alors c’est surréaliste d’être là », glisse Priss’K, la boule au ventre, mais le sourire aux lèvres. « Ils ont le sentiment d’être les pionniers, surenchérit Benjamin, qui coache les candidats. Et contrairement à la version française, aucun n’a refusé de faire une épreuve ».

7 millions de téléspectateurs au Maroc

Si l’équipe technique est celle d’Adventure Line Productions, la même que pour France 2, le groupe de Vincent Bolloré a fait appel à une société de production marocaine, Vidéorama, celle qui s’occupe de la version destinée au pays de Mohammed VI. Et pour cause : la sixième saison de « Fort Boyard » marocain a enregistré des records d’audience avec 7 millions de téléspectateurs certains soirs, sur la chaîne M2, détenue à 70 % par l’Etat. C’est deux fois plus qu’en France , avec presque deux fois moins d’habitants. Le secret ? Avoir « marocanisé » le jeu, en bannissant, par exemple, l’épreuve des cylindres bien avant les Français. « Regarder sous les tee-shirts des candidates, ça ne serait jamais passé chez nous », raconte le producteur Driss Bennani.

Dans la version africaine de « Fort Boyard », il n’y aura pas de Père Fouras mais un Maître Yaya. F. Coté/ALP
Dans la version africaine de « Fort Boyard », il n’y aura pas de Père Fouras mais un Maître Yaya. F. Coté/ALP  

Pour la version africaine, ce dernier s’est donc arrogé quelques libertés. « On fait davantage attention aux épreuves qu’on propose, affirme-t-il. La cellule du ski, on n’y pense même pas. Ça serait ridicule, voire insultant. » Pas de prisonniers, non plus. « Les prisons, ce n’est pas vraiment un sujet de divertissement pour eux », glisse un membre de l’équipe. En revanche, aucun tabou pour le chef qui remplace Willy Rovelli.

« Avale, AVALE ! Si tu n’avales pas tout, je vais te gifler », lance l’humoriste Michel Gohou à une candidate, écœurée par une huître géante. Exit aussi le Père Fouras. Place à Maître Yaya, interprété par l’humoriste camerounais Valery NDongo, à qui on a demandé de recevoir les candidats en gandoura, un costume traditionnel de fête, et avec un « accent africain exagéré », du haut d’une vigie complètement redécorée.

En Afrique, « il nous manque une culture commune »

« Cette émission, c’est également un message politique, assure le producteur. Entre pays africains, on construit des relations d’affaires, des relations politiques, mais il nous manque une culture commune. La culture, c’est ce qui nous unira le plus, parce que ça parle directement au cœur. » « La mixité africaine, beaucoup en parlent. « Nous, on l’a fait, ajoute entre deux épreuves Priss’K. Quand on parle du Burkina Faso ou du Mali en ce moment, c’est pour évoquer la guerre. Mais ici, nos différences s’effacent. On a le même langage, on chante les mêmes chansons. » « Cette émission, ça va faire bouger l’Afrique », anticipe A’Salfo, concurrent et leader du groupe Magic System.

En déboursant « un gros budget » pour s’offrir dix émissions tournées en quatre jours, Canal + Afrique compte créer l’événement avec cette première saison. Juste après la fin de la diffusion sur France 2 en septembre, cette nouvelle version sera accessible, le samedi soir en première partie de soirée, à 4 millions de foyers dans 22 pays francophones. « Ça va être un carton énorme », prédit Priss’K. Toujours plus fort !

De multiples versions étrangères

Chaque année, juste après la fin du tournage du programme destiné à France 2, plusieurs pays débarquent à tour de rôle sur le Fort Boyard, pour enregistrer leur propre version. Depuis 1990, 34 pays différents sont ainsi venus en Charente-Maritime, et près de 1 500 émissions ont été enregistrées, à destination de nations aussi diverses que l’Allemagne, le Danemark, le Canada (Québec) ou la Suède. Certaines éditions n’ont duré qu’une poignée de saisons : une seule pour l’Ukraine (en 2004), la Suisse (en 1995), deux pour le Liban et trois pour la Slovaquie.

Tous les visiteurs débarquent avec leur propre animateur et leurs candidats, mais certains personnages emblématiques du jeu, tels que Passe-Partout ou Félindra, restent présents. D’autres changent. Ainsi, le Père Fouras devient le vicomte Godefroid de Tribouriau en Belgique, Cheikh El Khouchkhach en Algérie, le Magi en Grèce, The Professor au Royaume-Uni, ou Skriaga Fouras en Russie.

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La Rédaction

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