Sa présence sur la scène de cette salle où 90 personnes ont péri, le 13 novembre 2015, dans l’attentat perpétré par un commando djihadiste, choque, alors qu’il a été l’auteur d’une chanson polémique début 2015, Don’t laïk, dans laquelle il déclare « crucifions les laïcards comme à Golgotha » et « j’mets des fatwas sur la tête des cons ».

« Au Bataclan, la barbarie islamiste a coûté la vie à 90 de nos compatriotes. Moins de trois ans plus tard, s’y produira un individu ayant chanté crucifions les laïcards” et se présentant comme une islamo-caillera. Sacrilège pour les victimes, déshonneur pour la France », s’est ému sur Twitter, dimanche 10 juin, le président du parti Les Républicains (LR), Laurent Wauquiez. « Aucun Français ne peut accepter que ce type aille déverser ses saloperies sur le lieu même du carnage du Bataclan. La complaisance ou pire, l’incitation au fondamentalisme islamiste, ça suffit ! », a pour sa part réagi la présidente du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen.

Le député LR des Alpes-Maritimes, Eric Ciotti, a demandé « au président Emmanuel Macron d’interdire ce concert », tandis que le président du groupe LR au Sénat, Bruno Retailleau, a appelé le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, « à utiliser contre ce rappeur les mêmes armes que celles utilisées contre Dieudonné ».

« Tendre un piège à tous les feignants »

La direction du Bataclan, pour l’instant, reste sourde aux différentes demandes d’entretien. Seul le tourneur de Médine, Eric Bellamy, de la société Yuma Prod, spécialisée dans les concerts hip-hop, a bien voulu réagir, dimanche, en début de soirée :« Nous maintenons les concerts comme prévu. Franchement, je ne comprends pas. Médine s’est expliqué plusieurs fois sur le morceau Don’t laïk. Il n’y a aucune ambiguïté dans ce qu’il dit. Il a même écrit un texte magnifique sur le Bataclan auquel tout le monde a adhéré. »

Vue plus de 2,6 millions de fois sur Youtube depuis le 12 mars 2018, jour où Yuma Prod mettait en vente les billets du concert dans la salle parisienne, la vidéo montre en effet le rappeur du Havre sur une scène du Bataclan vide.

Dans son texte, Médine écrit : « Quand je ne connaissais pas le statut d’intermittent/Que ma pauvreté, c’était mon taff à plein-temps/Y’avait qu’une seule chose qui changeait le mal en patience/Tout ce que je voulais, c’était faire le Bataclan. » Produit sur le label indépendant Din Records depuis le début de sa carrière, Médine Zaouiche, 35 ans, a joué très tôt avec les représentations que l’on pouvait avoir du rap ou de l’islam, un mode d’expression et une confession qu’il a choisis à l’adolescence. Dans une interview pour le média Clique en février 2017, il dit avoir voulu dans ses raps « tendre un piège à tous les feignants qui ne s’arrêtent qu’à une image ».

Dès la sortie de ses premiers albums, qui sont publiés après les attentats du 11 septembre 2001, il fait fabriquer des tee-shirts avec l’inscription I’m muslim, don’t panik (Je suis musulman, ne paniquez pas). Si l’emballage est gros, la voix rauque et l’attitude souvent bravache, les textes de Médine sont en revanche plutôt progressistes. Sa dernière provocation Don’t laïsera diffusée une semaine avant l’attentat contre Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015.