Focus Société Voyage

Le Japon entre dans l’ère Reiwa, mais qu’est-ce que cela signifie ?

L’ère impériale qui s’ouvre au Japon avec le règne de l’empereur Naruhito après l’abdication de son père Akihito s’appellera “Reiwa”, association de deux idéogrammes qui honorent l'”harmonie” porteuse d’espérance.

Du changement dans l’empire du Soleil-Levant. Mardi 30 avril, l’empereur Akihito quitte le pouvoir, après son abdication annoncée en août 2016. Son fils, Naruhito, prend sa relève. Et mercredi 1er mai, le Japon entre dans une nouvelle ère baptisée Reiwa (qui peut se traduire par “ordre et harmonie”). Celle-ci succédera à l’ère Showa (1926-1989) et à l’actuelle ère Heisei. Mais qu’est-ce que cela signifie ? Franceinfo répond à trois questions sur le sujet.

Pourquoi le Japon change-t-il d’ère ?

Le passage d’une ère à une autre intervient habituellement lorsqu’un monarque décède et que son successeur accède au trône du Chrysanthème. Cette fois cependant, la situation est inédite dans le Japon moderne : l’empereur Akihito a émis le souhait, en août 2016, de se retirer de son vivant, ce que ne permet normalement pas la Constitution. Une loi spéciale a dû être édictée pour lui ouvrir ce droit. Atteint d’un cancer, il avait à l’époque invoqué des raisons de santé. Trois ans plus tard, son fils aîné Naruhito se prépare à monter sur le trône.

Depuis l’instauration du système, en 645, 247 ères se sont succédé. Il n’y a pourtant pas eu autant de monarques : avant l’ère Meiji (1868-1912), plusieurs changements d’ère pouvaient avoir lieu durant le règne d’un même empereur, et plusieurs empereurs pouvaient régner tour à tour pendant une même ère. Après une guerre, une famine ou une catastrophe, l’inauguration d’une période était vue comme un renouveau.

Comment le nom d’une ère est-il choisi ?

Plusieurs mois ont été nécessaires pour choisir le nom de l’ère à venir. Un comité composé de neuf personnalités issues de différents domaines, dont le prix Nobel de médecine Shinya Yamanaka, avait la lourde tâche de statuer sur la question. Les propositions sont présentées en amont aux empereurs, mais du fait de leur rôle uniquement symbolique, comme défini dans la Constitution de 1947, ceux-ci ne peuvent pas se prononcer.

Le protocole est bien réglé : le comité d’experts émet plusieurs propositions, qu’il explicite ensuite aux présidents et vice-présidents des deux chambres du Parlement. Comme les noms sont composés d’idéogrammes, leur interprétation peut souvent être multiple. C’est désormais le gouvernement, lors d’un Conseil des ministres extraordinaire, qui tranche. Avant 1947, l’empereur choisissait lui-même le nom de son ère.

Pendant tout le processus, les téléphones portables sont interdits pour éviter une fuite. Le secrétaire général et porte-parole du gouvernement présente à la sortie un shikishi, carton blanc sur lequel sont inscrits les kanjis qui représentent le nouveau nom de l’ère.

Le secrétaire général du gouvernement japonais, Yoshihide Suga, dévoile le nom de la nouvelle ère, le 1er avril 2019. 
Le secrétaire général du gouvernement japonais, Yoshihide Suga, dévoile le nom de la nouvelle ère, le 1er avril 2019.  (KAZUHIRO NOGI / AFP)

Le fonctionnement en ères venant de la Chine ancienne, les noms des ères étaient traditionnellement tirés de la littérature chinoise. Mais celle à venir marque une rupture : son nom a été sélectionné dans le Manyoshu, anthologie japonaise datant de 760.

Reiwa est un mot formé par deux idéogrammes japonais, signifiant respectivement “ordre”, “agréable” et “paix”, “harmonie”. Sa signification a été précisée par le Premier ministre, Shinzo Abe : “Le printemps vient après l’hiver sévère, ce nom veut marquer le début d’une période qui déborde d’espoir.”

C’est donc uniquement protocolaire ?

Non, les ères ne sont pas juste un symbole au Japon. Si le pays a adopté le calendrier grégorien à la fin du XIXe siècle, il a conservé parallèlement la datation en ères. Par exemple, l’année 2019 est l’Heisei 31, soit la 31e année de règne de l’empereur Akihito. Inscrit sur les documents officiels et sur la plupart des journaux, comme le rappelle RFI, le nom de l’ère rythme, littéralement, la vie des Japonais.

L’annonce d’une nouvelle ère est un moment historique pour le pays. Pour l’annonce de l’ère Reiwa, des fanzones avaient été mises en place un peu partout à travers le pays et la cérémonie était retransmise en direct.

En revanche, l’empereur du Japon n’a aucun pouvoir. Selon la Constitution du pays, il a uniquement un rôle de représentation. Il n’a pas à se prononcer sur la politique du pays, et sa vie est régie par une organisation gouvernementale, l’Agence impériale. Installée dans le Palais, elle décide de tout pour la famille impériale, des déplacements officiels aux plats servis à table.

Naruhito a exprimé à plusieurs reprises son désir de moderniser l’institution. Il s’est notamment prononcé pour la modification de la loi de succession, qui interdit aux femmes de monter sur le trône, son épouse Masako et lui n’ayant eu qu’une fille. Mais, depuis la naissance en 2006 de son neveu, le prince Hisahito, la relève est assurée et les volontés de modernisation remisées au placard.

About the author

La Rédaction

Ajouter un commentaire

Cliquez ici pour commenter

Laisser un commentaire

Rubriques