Ce qui reste de leur vie d’avant tient dans le bagage cabine qu’ils traînent, l’air hagard, sur le tarmac de la société privée Odyssey Aviation, toute proche de l’aéroport international de Nassau qui, avec la National Emergency Management Agency (Agence nationale de gestion des urgences) des Bahamas et les ONG nationales et internationales, coordonne les arrivées des évacués.

Hommes, femmes, adolescents, bébés… ils sont 76 à débarquer d’un coup, lundi 9 septembre, de l’avion de Bahamasair en provenance de Marsh Harbour, l’aéroport international des îles Abacos remis en service il y a trois jours, après que l’ouragan Dorian a dévasté Great Abaco et Grand Bahama, les deux langues de terre situées le plus au nord de cet archipel qui compte 700 îles, dont une vingtaine sont habitées.

Alors que le bilan officiel très provisoire se monte à 45 morts – dont 37 à Abaco – et que de nombreuses personnes sont toujours portées disparues, les rescapés sont près de 4 000 à avoir débarqué par voie aérienne dans la capitale ces trois derniers jours.

Une semaine dans un abri

Dans son tee-shirt blanc à paillettes multicolores, Darlene Sawyer, 63 ans, tente de faire bonne figure après une semaine passée dans un abri d’Abaco dont elle garde les ongles noircis et le visage froissé. Avec ses vents à 290 km/h et ses pluies torrentielles, Dorian, tempête de catégorie 5 qui a rôdé au-dessus de la tête des habitants du nord de l’archipel durant quarante heures, ne s’est pas contenté d’écorner méchamment l’image de carte postale de ces deux îles, prisées pour leurs parcours de golf et leurs marinas. Il n’a fait qu’une bouchée de la maison de Treasure Cay, îlot confetti des Abacos, dans laquelle elle vivait depuis 1977 et qu’elle était parvenue à conserver malgré le décès de son mari, il y a quatre ans.

Forte de son expérience du violent ouragan Floyd, au même endroit, il y a exactement vingt ans, elle se croyait pourtant parée

Forte de son expérience du violent ouragan Floyd, au même endroit, il y a exactement vingt ans, elle se croyait pourtant parée. « Dorian a été 50 fois pire », souffle-t-elle, tremblante. Elle évoque le baromètre dont l’aiguille baisse à vue d’œil, les hurlements du vent et sa bâtisse aux « trois chambres et deux salles de bain » secouée comme un prunier.

Son frère, Lester Curry, avait sécurisé la porte d’entrée avec une visseuse électrique. Mais la porte n’a pas résisté. Avec lui et son épouse, Una, Darlene s’est réfugiée dans la pièce du fond et tous les trois ont dû s’adosser de toutes leurs forces contre une autre porte pour l’empêcher de voler en éclats. Vingt bonnes minutes d’une lutte désespérée, mais finalement victorieuse, contre les éléments qui leur ont semblé « aussi longues qu’une journée ».