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Après le blocus de l’administration Trump, l’empire Huawei contre-attaque

Privé d’Android, coupé de ses clients et fournisseurs américains, mis de côté par certains opérateurs, Huawei passe à l’attaque, joue la transparence, et même parfois l’humour, mordant.

Fini la tactique du dos rond, terminée la diplomatie de l’évitement. Après avoir probablement cru que la désescalade de la guerre commerciale sino-américaine allait bien finir par arriver, après n’avoir pas cru que l’entreprise deviendrait l’otage du conflit, à Shenzhen (ndlr : siège de Huawei), la stratégie de l’apaisement semble avoir  vécu. L’empire chinois des télécoms passe à l’attaque, sur le terrain judiciaire, et surtout celui de la communication.

Ce mercredi, Huawei a ainsi annoncé le lancement d’une action en justice, l’équivalent d’un référé, dénonçant le caractère anticonstitutionnel du décret signé par Donald Trump quand ce dernier s’attaque nommément à la société chinoise sous couvert de sauvegarde de la sécurité nationale. Un excès de pouvoir que, selon Huawei, rien n’explique dans les faits. “Le gouvernement américain n’a produit aucune preuve qui démontrerait que Huawei pose un problème de sécurité. Il n’y a pas de “smoking gun”, rien que des spéculations.”, explique Song Liuping, le directeur juridique de l’entreprise.

Nos technologies sont plus avancées que celles des Américains. Comment voulez-vous que je leur vole ce qu’ils n’ont pas ?Ren Zhengfei, patron de Huawei

Même Ren Zhengfei, patron fondateur de l’entreprise, a retiré les gants. Dans une interview à Bloomberg, à une question sur les vols de propriété intellectuelle dont l’accuse l’administration Trump, la réponse est sans appel : “Nos technologies sont plus avancées que celles des Américains. Comment voulez-vous que je leur vole ce qu’ils n’ont pas ? Il est plus probable que les Américains tentent de nous voler nos technologies.”

Pour organiser sa riposte et concentrer ses arguments en un seul endroit, Huawei a ouvert un compte Twitter spécifique, @HuaweiFacts. L’entreprise y délivre ses propres messages et retweete articles et tribunes qui apportent de l’eau à son moulin quand celles-ci dénoncent le manque de preuves et les effets d’une guerre commerciale dont les deux pays ne voient plus le bout.

La longue liste des dommages collatéraux

Surtout, en son nom et en reprenant des éditoriaux d’analystes aux États-Unis et ailleurs, Huawei détaille les autres victimes d’une politique protectionniste, des effets induits qui ne sont pas au bénéfice de l’Amérique. D’Apple, dont des représailles chinoises pourraient faire fondre le bénéfice, jusqu’au déploiement de la 5G, qui aura du mal à se faire sans le leader du marché des équipements télécom, la liste est longue.

Des impacts sur le business des entreprises, de Google à Facebook en passant par Uber, jusqu’à la capacité des universités américaines à conduire des projets de recherche internationaux, tout ici semble à rappeler que l’industrie high-tech toute entière ne peut fonctionner qu’en écosystème. Et qu’aucun pays ne peut vraiment se couper des autres.

L’administration chinoise comme dernier recours

En attendant de connaître le résultat des procédures en cours, Huawei a jusqu’à fin août -quand tombera le couperet des sanctions- pour trouver une solution. Et à la vue de la portée du décret Trump, les pistes ne peuvent être seulement techniques. On voit mal en effet comment le géant remplacerait en trois mois ses collaborations avec Google, ARM, Microsoft et les autres.

Huawei le sait bien, la solution ici est politique. Il faudra bien que les États-Unis et la Chine trouvent un terrain d’entente, sans attendre l’élection éventuelle d’un nouveau président fin 2020. À défaut, le mastodonte chinois passerait du statut d’otage à celui de victime.

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La Rédaction

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