Economie Afrique

Sindika Dokolo : « Les prochains oligarques seront africains »

Dix-sept mai 2016, à l’hôtel du Cap-Eden-Roc. Ce soir-là, en marge du Festival de Cannes, le joaillier des stars De Grisogono présente un diamant hors norme : le « 404 », évalué à 16 millions d’euros. Cette pierre est la plus importante jamais extraite du sous-sol angolais. L’heureux propriétaire ne se cache pas : il s’agit du Congolais Sindika Dokolo, codétenteur de la maison suisse avec l’État angolais. Son épouse, Isabel dos Santos, la femme la plus riche d’Afrique et la fille du président José Eduardo dos Santos, est aussi de la partie. Parmi les invités, Kim Kardashian et des top-modèles.

Affaires et relations internationales, luxe et people, politique et arts… Le jet-setteur est au carrefour de tous ces univers. Mais c’est dans le petit monde de l’art africain que le dandy est le plus connu : il soutient l’art contemporain, revendique le titre de premier collectionneur du continent et a entrepris de rapatrier les œuvres pillées pendant la guerre civile angolaise.

Identité métissée

D’Isabel dos Santos, épousée sous les ors du palais présidentiel de Luanda en 2002, il a trois enfants. Mais Sindika Dokolo n’est ni « le mari de », ni un nouveau riche. À 29 ans, en 2001, il a hérité de son père, Augustin Dokolo Sanu. Ce patriarche mukongo avait édifié l’un des plus vastes empires économiques du Zaïre de Mobutu, avec pour fleuron la Banque de Kinshasa. À son côté, la mère de Sindika, Hanne Kruse, une Danoise épousée en 1968. Elle est aujourd’hui consule générale honoraire à l’ambassade de Norvège à Kinshasa, d’où elle surveille les affaires de la famille en RD Congo.

Sindika Dokolo grandit entre l’Afrique et l’Europe – il fréquente l’ultrasélect lycée parisien Saint-Louis-de-Gonzague – et se lie avec la future élite politique de RD Congo, dont Olivier Kamitatu. « Augustin Dokolo m’avait pris en affection et il m’a demandé de collaborer avec son fils, se souvient Kamitatu. Je le considère aujourd’hui comme un frère. » À la fin des années 1990, Mobutu sanctionne Augustin Dokolo, devenu trop puissant à son goût, et dépèce son empire. « Dokolo Sanu ne se sera jamais remis de cette spoliation organisée », note le site internet de la famille. Sindika se replie en Angola. Désormais membre du clan présidentiel, il prospère et étend ses affaires jusqu’en Europe.
Aujourd’hui plus que jamais, Sindika Dokolo est au cœur de l’actualité alors que la RD Congo est plongée dans une crise marquée par la rivalité entre le président Joseph Kabila et l’opposant Moïse Katumbi. Et que dos Santos n’a pas renoncé à exercer son influence sur Kinshasa.

Cet homme à la fois cultivé, intelligent et ambitieux nous a reçus à Londres à notre demande et, dans le français mâtiné d’anglais des élites mondialisées, a répondu à toutes nos questions, sans conseiller et sur un ton souvent iconoclaste. « J’ai une responsabilité liée à l’interprétation qui peut être donnée de mes propos, a-t-il souligné. Mais, en tant qu’homme de culture, je cultive ma liberté de ton. »

About the author

La Rédaction

Poster un commentaire

Ajouter un commentaire

Cliquez ici pour commenter

Laisser un commentaire

Rubriques